Adresse aux gilets jaunes

La France Insoumise Lens réaffirme son soutien aux gilets jaunes dans leur révolte et leur expression du « ras-le-bol » généralisé. Les revendications formulées par vous et nous sont les mêmes.

Votre liste de revendications sociales est la formulation de principes économiques essentiellement moraux : il est impératif que les plus fragiles (SDF, handicapés…) soient protégés, que les travailleurs soient correctement rémunérés, que la solidarité fonctionne, que les services publics soient assurés, que les fraudeurs fiscaux soient punis, et que chacun contribue selon ses moyens, ce que résume parfaitement cette formule « Que les GROS payent GROS et que les petits payent petit ».

Nous disons que contre la glorification utilitariste de la politique de l’offre (vouloir baisser les prix à la production, donc les salaires et diminuer les contraintes environnementales et sociales – plutôt que d’augmenter les revenus) et de la théorie du ruissellement chers aux élites dirigeantes (donner plus à ceux qui ont plus, « aux premiers de cordée », pour attirer les capitaux), l’économie réelle doit être fondée sur des principes moraux certes mais nous disons aussi que ces principes ne peuvent se faire entendre que dans un rapport de  forces, à savoir la lutte des classes.

Macron a rompu le pacte implicite avec les français, tant par ses mesures anti-sociales que par son mépris répété et affiché pour les classes populaires. Le président de la République, censé représenter le peuple français, est devenu l’incarnation de cette trahison, avec ses petites phrases sur les « gens qui ne sont rien », les conseils pour se payer une chemise ou pour trouver un emploi en traversant la rue. Au lieu d’être le protecteur de l’économie morale, Macron n’a eu de cesse de la malmener jusqu’à devenir le représentant par excellence des forces qui s’opposent à cette économie morale, c’est-à-dire du capitalisme. Macron doit dégager !

Quant à la manière de faire de la politique, nous avons là aussi les mêmes revendications puisque le RIC était déjà présent dans notre programme l’Avenir en commun ainsi d’ailleurs que la révocabilité des élus et que notre revendication d’une assemblée constituante pour refonder une 6ème République va tout à fait dans votre sens. Nous sommes par contre convaincus qu’un peuple uni, sans divisions idéologiques et partisanes n’existe pas et que la recherche permanente du consensus est périlleuse ; mais nous réaffirmons que la lutte doit déboucher sur un compromis ce que récuse le pouvoir actuel.

La politique n’est pas qu’une suite de problèmes à résoudre ou de questions auxquelles répondre, fût-ce par référendum : le monde n’est pas homogène et exprimer sa préférence du moment en niant toute idéologie ou si l’on préfère, « gérer » le politique comme on « gère » le marché n’a rien de progressiste et contient en soi des potentielles dérives réactionnaires ou pire. La politique doit s’exprimer dans le conflit ; c’est d’ailleurs l’absence de dissensus et de conflit entre les partis dominants de droite (LR) et de fausse gauche (PS) qui a conduit à la situation actuelle.

La vigilance doit par ailleurs s’exercer vis-à-vis des chaînes de télévision en continu dont l’objectif est de  générer de l’audience en montrant un spectacle : en diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale de Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps.

La vigilance doit aussi s’exercer vis-à-vis des manœuvres de la classe dominante qui a évidemment intérêt à privilégier un mouvement présenté comme hostile aux syndicats et aux partis.

L’action directe a ses limites à savoir l’instrumentalisation de la violence par le gouvernement pour mieux brimer les libertés publiques d’expression et de manifestation. Nous condamnons à ce propos la dérive policière d’un régime doté de forces de l’ordre suréquipées et sur armées comme nulle part ailleurs en Europe ; nous dénonçons le silence des autorités sur les dérives policières ; nous dénonçons l’arrogance de cette classe de hauts fonctionnaires serviles qui ont oublié qu’ils sont au service du peuple et non pas du 1% économiquement puissant.

La concertation tardive à laquelle le pouvoir aux abois prétend se livrer n’est qu’une diversion hypocrite puisque Macron ne veut pas changer de cap économique et social.

Soyons conscient que si le mouvement monte en puissance sans relais politique, il se heurtera de plus en plus à l’opposition du peuple qui ne veut pas être bloqué et ces conflits seront présentés en boucle sur tous les écrans, ce qui permettra au gouvernement de réprimer les abus avec le soutien de « l’opinion » en utilisant de plus quelques expressions racistes ou xénophobes minoritaires entendues de-ci de-là.

La France Insoumise Lens soutient le mouvement de gilets jaunes d’une part dans la mesure où il est inclusif et étend la logique des droits aux étrangers qui travaillent chez nous, d’autre part dans la mesure où nous partageons la conviction que  les conditions d’une re-politisation sont là, hors du cadre des vieux partis et des vieilles formes de la politique instituées. Il ne s’agit pas pour nous de « récupérer » comme le prétendent les media une énergie de révolte pour engager une révolution idéologique mais de ne pas la laisser s’évanouir et de faire en sorte que nous formions ensemble un peuple conscientisé et structuré.

Rapprochons nous et travaillons ensemble à réinventer ces conditions de façon que la révolte puisse déboucher sur une action durable en commun afin de résister et regagner ce qui nous a été volé par un libéralisme sans foi ni loi.

Retrouvons nous pour dé-professionnaliser la politique sans en éliminer le caractère conflictuel, c’est-à-dire de démocratiser le dissensus.

Le renouvellement d’une politique de l’émancipation impose de rendre visible l’ensemble des rapports de domination, sans hiérarchisation et en restant ouvert et réactif aux nouveaux antagonismes qui ne manqueront de se faire jour.