TADAO : les raisons d’une grève

Une grève importante sur le bassin minier n’est pas passée inaperçue, celle des conducteurs de bus du groupe Trandev Tadao. Cette grève, dont nous allons expliciter les raisons, nous amène à nous poser les questions suivantes : quel type de transport public voulons-nous favoriser et dans quelles conditions l’organiser ?

Le transport urbain est, depuis des années, un secteur entièrement ouvert à la concurrence contrairement à celui du rail (pour le moment…). Des groupes internationaux tels que Keolis filiale de la SNCF, Transdev filiale de Véolia et RATP Développement ont l’ambition et la volonté de se partager les marchés publics de transports collectifs dans le monde entier.

Pour comprendre ce qui s’est passé sur le réseau Tadao, il nous faut remonter le temps jusqu’en 2003 précisément. À cette période là, nous assistons à la fusion des délégations de transports des trois communautés d’agglomération du bassin Artois Gohelle (CALL Lens Liévin, CAHC Hénin Carvin, Artois Com. Béthune Bruay) pour devenir le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle SMTAG, dont la présidence se fait élire par l’ensemble des maires des trois « communaupoles ». Le premier président sera le maire PS de Sains en Gohelle M. Jean Luc WERY.

Le SMTAG organise la politique de transport sous plusieurs axes :

– Le mobilier urbain et les aménagements (voirie, information voyageurs)
– Le transport scolaire (versement transports)
– Le plan de déplacement urbain PDU (politique de déplacements des voyageurs, type de ligne, de bus…)
Autre pouvoir très important du SMTAG, il détermine à qui sera délégué la mission d’opérateur du réseau, et cela tous les 7 ans. Depuis 2003, sous la présidence de M. Jean Luc WERY, c’est Keolis qui exploitait le réseau de bus et qui mettait à disposition les conducteurs du réseau. L’année dernière M. Jean Luc WERY décida de ne pas se représenter à la présidence du SMTAG et un nouveau président fut élu à sa place, M. Laurent DUPORGE, maire PS de la ville de Liévin.

Sept années s’étant de nouveau écoulées, le contrat d’exploitation du réseau a été renouvelé l’année dernière et le SMTAG a décidé de changer l’opérateur. En passant de Keolis à Transdev, le SMTAG avec derrière lui, une majorité de maires locaux, a fait le choix de passer d’un opérateur « encore semi-public » (Keolis, filiale de la SNCF) à un opérateur « vraiment privé » (Transdev, filiale de Veolia). Est-il besoin de rappeler que ce même Veolia contrôle et ponctionne déjà nos factures d’eau. La première conséquence de ce changement fût d’ailleurs de mettre Westeel (opérateur local et sous-traitant de Keolis) en grosse difficulté, en effet, Trandev arbitra l’attribution d’une ligne Westeel au profit de Littoral Nord, une entreprise de Dunkerque appartenant bien sûr au groupe Trandev.

Cependant pour éviter trop de casse sociale, Transdev récupère tout de même tous les conducteurs en contrat avec Keolis mais c’est aussi et surtout pour faire l’économie d’avoir à en former de nouveaux car ces conducteurs ont déjà une solide expérience et une parfaite connaissance du territoire.

Ce qui nous amène au fond du problème et aux raisons légitimes de cette grève car la politique salariale n’est pas la même chez Transdev et chez Keolis. Et même si la loi française protège les salariés pendant un an en préservant leurs acquis sociaux lors d’un changement d’opérateur, ce n’est bien sûr plus le cas après…C’est pourquoi nous avons vu dernièrement les conducteurs de Tadao se mobiliser pour revendiquer une augmentation salariale mais aussi et surtout pour préserver l’acquis de ce fameux 13ème mois, fruit d’années de lutte. Ce fût un combat âpre et difficile car on a pu mesurer toute la violence du dialogue social chez Trandev avec notamment les assignations au Tribunal de salariés grévistes. La France Insoumise est donc heureuse d’avoir ponctuellement pu soutenir les salariés ayant participé à ce mouvement social.

La France Insoumise s’interroge vraiment à l’heure où les transports collectifs et publics deviennent un impératif pour faire face au changement climatique. Les collectivités qui nous représentent aujourd’hui n’ont manifestement pas les mêmes préoccupations car elles continuent de déléguer cette précieuse mission à des groupes internationaux qui ne cherchent qu’à faire un maximum de profit, y compris sur le dos des conducteurs !!!

À la France Insoumise, nous avons à cœur de développer les transports de demain grâce à de nouvelles technologies qui polluent moins (notamment les Véhicules Hybride, Gaz, et même Électrique), des transports qui apportent un confort supérieur aux voyageurs mais aussi à ceux qui les conduisent. Nous saluons donc l’arrivée prochaine de 6 nouveaux bus à hydrogène et de 40 nouveaux bus hybrides même s’ils ne représentent qu’une faible partie du parc de 300 bus sur le réseau Tadao, ce qui ne manquera pas à notre avis de provoquer une disparité de traitement des territoires.

À la France Insoumise, nous portons haut notre volonté de maintenir et développer le secteur public pour gérer les biens communs et de ne pas favoriser les profits privés de grands groupes internationaux.

Avec l’arrivée des nouvelles lignes « Bulles », il faut faire du transport un moyen de connecter les gens entre eux, il faut améliorer l’égalité entre tous les territoires du bassin minier et non pas faire du transport une machine à transporter les bénéfices vers les grands groupes financiers comme ça sera sans doute le cas avec le BHNS.

La question qui se posera dans les années à venir est la suivante : comment le transport permettra-t-il de mettre en œuvre un lien social entre tous les citoyens en tenant compte de l’impératif environnemental ?

Soyons donc vigilants afin que dans un avenir proche, la modernisation du parc des bus se maintienne à un rythme soutenu, sans perdre de vue les conditions de travail et les salaires qui n’ont pas vocation à devenir la variable d’ajustement d’une transition écologique désormais incontournable !

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