Les pauvres ont trop de pognon et les riches pas assez

JL Mélenchon          extrait de son blog    mardi 19 juin 2018

Ce sera la semaine qui aura donné au quinquennat sa couleur.

Avec le vote de la loi contre la SNCF et les délires sur les pauvres qui reçoivent trop, le président des riches est devenu aussi l’ennemi des pauvres et celui du peuple en général.

Sa politique économique, fiscale et sociale est désormais publiquement une de ces politiques d’ajustement structurel digne de ce qui a été fait à la Grèce, à l’Espagne et à d’autres. Comme cela a été infligé à n’importe lequel des pays d’Amérique latine jusqu’à ce que la révolution citoyenne y fasse son œuvre. Les niveaux d’accumulation de fortune et de hauts salaires font de notre pays une sorte de paradis des riches, des fraudeurs du fisc, de l’égoïsme social et du pillage des biens publics.

Du coup on peut déjà dire que notre victoire impliquera de lourdes tâches de reconstruction de ce qui a été détruit. La liste connue dans ce domaine s’allonge. Le nouveau régime de la SNCF va beaucoup détruire. La pagaille va s’étendre, les dysfonctionnements se multiplier, les incidents se répéter. Tout remettre en ordre et en état de marche sera donc un défi. Il en va de même à l’hôpital et dans de nombreux domaines de l’éducation pour ne parler que cela.

Pendant ce temps, la crise politique se répand d’un pays à l’autre dans l’Union européenne. Au point de départ, on trouve toujours la politique économique asphyxiante imposée par l’Allemagne aux divers pays d’Europe.

La situation italienne, puis celle de l’Espagne ont montré comment l’un après l’autre les pays touchent le fond de l’impasse. Mais à l’Est, rien ne va s’améliorant. On va voir bientôt se tendre les relations de l’Allemagne avec ses vassaux autrichiens, hongrois, tchèque et polonais. C’est d’ailleurs engagé. Une crise s’est donc ouverte dans la droite allemande entre CSU et CDU à ce sujet. Du jamais vu. Évidemment, les euro-béats à la française, les candidats « bons élèves » de l’Europe ne voient rien, n’entendent rien et réclament toujours « plus d’Europe » sans s’interroger plus avant.

La lutte contre la pauvreté était mon thème de discours d’entrée en campagne à la fête de l’Humanité en Septembre 2016. C’est le thème de la campagne en cours à « La France Insoumise ». Jamais je n’aurais pensé que Macron s’attaquerait aux pauvres de cette façon frontale. Aujourd’hui, la pauvreté concerne 14% de la population du pays. Sans les aides sociales, la pauvreté engloutirait 22 % de la population. Plus d’une personne sur cinq en France. C’est le moment que choisit le président pour les mettre en cause. La phrase lui a fait très mal et il est probable qu’il se demande pourquoi.

« Ça coûte un pognon dingue et c’est inefficace », a-t-il dit ! Le pognon « dingue » c’est 25 milliards. Comparons. C’est à peine plus qu’un pour cent de la richesse produite par le pays en une année. Mais c’est la valeur gagnée par le seul Bernard Arnault en 2017. Si l’on compte plus largement en y incluant les prestations familiales et la CMU, ça fait certes 56 milliards.

À mettre en rapport avec les 140 milliards alloués « aux entreprises » et les 80 milliards d’euros de fraude fiscale. À mettre en rapport aussi avec le fait que les aides sociales concernent 11 millions de français tandis que la fin de « l’exit tax » touche 300 personnes, la suppression de l’ISF (4 milliards) quelques petits milliers. Ces comparaisons permettent de n’oublier jamais de quelles masses financières et de population on parle. Pour les 10% de la population qui ont le moins de revenus, « les prestations sociales représentent 47,6% du revenu disponible . Et seulement 0,5% pour les ménages les plus aisés qui ont accès à des prestations sociales universelles. Les aides sont donc bien ciblées pour ne concerner que les ménages ayant les revenus les plus faibles.

Il ne faut pas laisser passer le discours de Macron sans réagir. Ce discours fonctionne comme une offre de pensée. Une pensée dominante pour protéger les dominants. Car comme ça « vient d’en haut » et que ça sonne comme une évidence du café du commerce, ce serait vrai. Ces formules fonctionnent pour donner bonne conscience à ceux qui les acceptent au moment ou un véritable coup de massue va être donné sur la tête des plus pauvres de ce pays. Pied à pied, il faut démontrer l’arnaque !

Premier temps : ça coûte cher. Non ce n’est pas vrai. Deuxième temps. Ça coûte cher « Et les gens ne s’en sortent pas »… Autrement dit ça ne sert à rien. Archi faux ! Ces aides, en dépit de la modestie des sommes en cause dans chaque cas, maintiennent quatre millions et demi de personnes au-dessus du seuil de pauvreté. Les supprimer en fera donc basculer des millions dans des situations infiniment pires que ce qu’elles sont aujourd’hui.

Je l’ai dit en commençant ce billet : sans ces aides sociales, la pauvreté toucherait 22% de la population. Une immense quantité de gens n’ont la tête à peine hors de l’eau que grâce a ces dispositifs. Car il faut aussi rappeler ce qu’est la situation « aujourd’hui ». La pauvreté est un phénomène de masse en France. Et contrairement aux idées reçues les gens « n’abusent » pas des aides. C’est le tout premier constat et le plus incroyable vu de loin. Les gens ne demandent pas les aides auxquelles ils ont droit.

40% des personnes qui ont le droit au RSA ne le demandent pas, 34% des personnes qui devraient bénéficier de la CMU, 31% des personnes qui devraient toucher les allocations familiales. Ce sont donc des quantités considérables de gens qui sont concernés. Nous le savons bien nous qui faisons chaque année une « caravane des droits » et aidons des milliers de gens à découvrir et toucher leurs droits.

Le point central de la situation c’est l’extension de la pauvreté dans le pays. C’est cela que le discours macroniste masque et enterre. Il y a 9 millions de pauvres en France. C’est-à-dire 14% de la population. Un enfant sur cinq vit dans une famille pauvre.

Ce qui coute vraiment un pognon fou ce sont les riches. On leur donne sans cesse et ils ne font rien d’utile avec ce qu’on leur donne. Les riches n’investissent pas dans l’économie. Entre 2010 et 2016, la part des profits du CAC40 qui auront été réinvestis dans l’appareil de production a été divisée par 2. Plus on leur donne, moins ils investissent. Du coup, certes, la France est au premier rang pour la rémunération des actionnaires et le nombre de millionnaires. Mais elle est au 18ème rang pour le niveau d’automatisation dans son industrie derrière la Belgique, l’Italie, l’Allemagne, le Japon ou la Suède. Donc la masse des « dégrèvements », « allégements de charges » et ainsi de suite n’ont atteint aucun des objectifs que ces mesures prétendaient servir ! Ça nous a coûté un pognon fou. Et cela a enfoncé un maximum de gens dans les problèmes. Car ces aides sociales aux riches ont couté un maximum au pays puisqu’il a fallu compenser les pertes de recettes par des prestations sociales et des services publics de moins !

Le propos du président Macron et les mesures qu’il s’apprête à prendre constituent une bascule pour le modèle social de la société française. Il se propose de raboter sept milliards de dépenses d’aide sociales. La somme est considérable. Elle va précipiter un nombre important de gens en dessous du seuil de pauvreté et parmi les pauvres, elle va entrainer une marée de gens vers le fond, celui de l’extrême pauvreté.

Une réponse sur “Les pauvres ont trop de pognon et les riches pas assez”

  1. Et maintenant aussi l’obligation du bénévolat pour le RSA tiré de “Archipel des sans voix, les chroniques de Fabienne Desseus” ):
    “”Le Conseil d’Etat vient de considérer qu’un département a le droit de demander des heures de bénévolat aux bénéficiaires du RSA.

    Ce quinquennat jupitérien, c’est vraiment la porte ouverte à toutes les fenêtres !

    Y’a un site qui répertorie dans le Haut-Rhin, les missions bénévoles du dispositif RSA/Bénévolat. On trouve beaucoup d’animations pour les séniors ou des ateliers informatiques. Plus intéressant encore, il y a de nombreuses missions destinées directement… aux EHPAD. Distribution de repas, animations, accompagnement de sorties.
    Ben qu’on est cons aussi !
    Voilà la solution pour que ces structures aient davantage de personnels et éviter la maltraitance de nos vieux. Faisons les fonctionner avec des bénévoles ! Faudrait pas léser les propriétaires d’EHPAD qui sont en bonne position dans le dernier classement Challenges « des plus grosses fortunes de France. »

    Putain, pourquoi se faire chier après tout !

    Et plus loin, y’a quoi ? De l’aide à la sonorisation et de la confection de décors pour un théâtre(et les intermittents?), des offres de surveillance et sécurisation d’aires de jeux, ou encore des participations et de l’encadrement en cantine et périscolaire…

    Avant ces « missions » étaient des emplois. Puis, petit à petit, ces emplois sont devenus des emplois aidés. Des emplois aidés qui ont finalement été supprimés. Pour devenir des services civiques et du bénévolat.

    Mais quelle idée de génie !!!
    Plus de cotisations. Pas de droit au chômage ni à la retraite.

    Décidément, le cancer de l’assistanat a de beaux jours devant lui. ..””

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