Le NON au TCE

La France Insoumise Lens commémore ce 29 mai 2020 le quinzième anniversaire du NON au TCE.

Le 29 mai 2005, le peuple français était appelé à se prononcer sur le Traité Constitutionnel Européen. A l’annonce des résultats, c’est la douche froide pour l’exécutif chiraquien : sur les quelques 41 millions de français à s’être déplacés aux urnes, 54% se sont prononcés contre, refusant de voir déléguer leur souveraineté à une instance européenne sur laquelle ils n’avaient pas de contrôle. Là où les partis majoritaires, UMP et PS en tête, avaient bataillé des mois pour la ratification du traité, c’est la mobilisation populaire qui a permis la victoire du « Non ».

Au Parti Socialiste, un référendum interne avait été organisé en décembre 2004 pour entériner la position du parti sur la question ; si des personnalités comme Arnaud Montebourg, Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon s’étaient alors opposés à ce projet constitutionnel européen, c’est finalement le « oui » qui s’y était retrouvé majoritaire. A une époque où le Parti Socialiste était encore le parti pivot de la gauche française, ce référendum a servi de tremplin à une gauche résolument tournée vers la souveraineté, et le « non de gauche » a été structurant dans l’évolution des rapports de force. Si certains cadres ont simplement décidé de ne pas participer à la campagne, à l’instar d’Arnaud Montebourg, d’autres ont pris la décision de s’armer autrement pour la bataille et de militer pour le « non » hors des cadres du Parti ; c’est en ce sens que, le 17 mars 2005, un premier grand meeting de la gauche du « non » avait été organisé au gymnase Japy, à Paris. A l’initiative du Parti Communiste Français, qui était alors la seule organisation structurante autorisée à faire campagne, Marie-Georges Buffet et Christian Piquet (de la LCR) y présidaient une succession de discours, dont celui de Jean-Luc Mélenchon, qui y pointait du doigt le caractère technocratique et volontairement complexe du texte à ratifier : « Lorsqu’ils vont recevoir le texte, beaucoup de citoyens vont le subir comme une humiliation. Nous-mêmes, rompus à la lecture de ce genre de textes, nous n’y comprenons rien. Je vais vous dire : c’est fait pour ! » Dans ce texte qualifié « d’antisocial », celui qui est alors sénateur de l’Essonne dénonce un projet de traité qui ne fixe que des règles économiques libérales, sans cadre démocratique : « La démocratie, nous ne sommes pas originaux, c’est, pour nous, la souveraineté populaire ! » ; ce meeting, tenu alors que le « non » vient pour la première fois d’être donné en tête, à 51%, par un sondage du CSA, a de quoi faire frémir. Le projet ultra-libéral présenté par l’exécutif et soumis au référendum par un gouvernement sûr de lui, certain qu’il s’apprête à faire avaliser sa position par le peuple lui-même, ne semble pas recueillir l’adhésion espérée. Le « non » de droite est déjà en campagne depuis plusieurs mois, et le « non » de gauche, qui fait suite à la « tribune des 200 » publiée par la fondation Copernic, et signée notamment Marc Dolez, député socialiste du Nord, Eric Coquerel, alors président du Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale, ainsi que les principaux cadres de l’association Pour la République Sociale, fondée en 2004 pour refonder au sein du PS une alternative républicaine, et qui est l’une des associations fondatrices du Parti de Gauche.

Cette campagne du « non de gauche » en 2005 s’est surtout organisée autour des sujets de la lutte contre un capitalisme outrancier qui trouvait dans l’Europe la résonance parfaite pour lancer son grappin sur le vieux continent ; les aversions anti-démocratiques du traité qui était alors soumis à la ratification populaire sonnaient comme une délégation de souveraineté au profit des puissances de l’argent et de la finance mondialisée. Au terme d’une campagne qui a vu le peuple s’emparer d’un sujet politique de premier plan, avec force séances d’éducation populaire pour expliciter le texte proposé, c’est ce projet européen qui a été largement sanctionné par le résultat du vote, et qui a servi de force structurante à la gauche pour les années qui l’ont suivi.

La trahison des élites socialistes, déconnectées de leur base populaire et agissant comme si le PS était devenu un parti-lobby, y perdant son essence antilibérale et tournée vers l’intérêt général, ont largement contribué à ce sentiment qu’un espace s’ouvrait pour une gauche populaire, résolument attachée aux principes de souveraineté, d’indépendance stratégique et politique. Aujourd’hui encore, la lutte contre une Europe libérale qui trahit les intérêts démocratiques et les enjeux sociaux de la population est au cœur de nos préoccupations. Alors que nous célébrons les 15 ans de ce référendum le 29 mai 2020, et bien qu’ait été trahi son résultat par la ratification du traité de Lisbonne en 2007, ces combats demeurent plus que jamais d’actualité à l’heure où l’Europe a montré son incapacité notoire à protéger les populations durant la crise sanitaire à laquelle elle a été confrontée.

PB

Laisser un commentaire