Déclaration de soutien aux cheminots grévistes

Le mode ferroviaire est un atout face aux nouveaux défis de la mobilité et de l’environnement : il ne peut donc se satisfaire d’une vision purement comptable de court terme.

L’ouverture à la concurrence n’a aucun sens pour une économie de réseau comme le rail, elle ne peut engendrer que des surcoûts et dégrader le service.

Enfin, la valorisation d’un aménagement équilibré du territoire doit être une priorité à une époque où la métropolisation d’un côté et la désertification de l’autre ruinent tout espoir de vie digne pour chacun.

Seul un service public socialisé peut répondre à ces trois impératifs d’une politique réellement volontariste au service du bien public.
Tel n’est pas l’objectif de la loi Macron qui va à l’encontre de ces impératifs.

Le dépérissement du service public du rail est un danger mortel pour une égalité territoriale déjà fragilisée. Elle se traduira par la fermeture des lignes non rentables, notamment les petites lignes de desserte locale, une augmentation des tarifs, un entretien du réseau encore plus défectueux, car les entreprises privées, poussées par la recherche d’une rentabilité financière toujours plus grande, ont toujours tendance à rogner sur la sécurité. Rappelons que le mode ferroviaire génère 9 fois moins de coûts « externes » (pollution, congestion, accidents…) que la voiture.

Alors qu’il serait nécessaire de développer le transport ferroviaire dans la perspective de la transition écologique, rien n’est prévu pour un rééquilibre de la route vers le rail. Pire, une privatisation de la SNCF, qui verrait la rentabilité financière devenir le critère absolu, serait un obstacle de taille à un tel processus.

L’ampleur de la dette est évoquée régulièrement pour justifier ce projet. Or l’essentiel de cette dette est le produit du financement par SNCF Réseau de grandes infrastructures (essentiellement dans le cadre de la politique absurde du tout TGV) qui auraient dû être prises en charge par l’Etat. Sur 100 euros empruntés sur les marchés financiers par SNCF Réseau, 59 euros sont ponctionnés par les dits marchés financiers alors qu’un financement direct par l’Etat aurait permis de limiter la dette à un niveau raisonnable.

Le personnel de la SNCF est aujourd’hui montré du doigt, traité de « nanti », alors même que la grille salariale commence à 1 219 euros brut et que les conditions de départ à la retraite ont été notablement durcies ces dernières années. Or le statut des cheminots permet un recrutement aussi rigoureux que possible, le contrôle des agents, l’encadrement de la durée et de la pénibilité de leur travail – ce qui est décisif du point de vue de la sécurité des usagers. Quant à la productivité des cheminots, elle a cru 1,7% plus vite que la moyenne de l’économie nationale ces dernières années ; par contre leur espérance de vie à 60 ans est inférieure, toutes catégories sociales confondues, à celle de la population en général. Les mesures de productivité envisagées par la nouvelle réforme et donc les efforts attendus des cheminots visent donc essentiellement à financer les marchés qui suppléent eux-mêmes aux carences de l’Etat.

Qui plus est cette contre-réforme est anti-démocratique : lors de la campagne présidentielle, Macron avait affirmé que contrairement à ses prédécesseurs, il annoncerait les mesures qu’il appliquerait une fois élu. Or cette contre-réforme n’a jamais été soumise au vote de nos concitoyens. Elle engage la privatisation de la SNCF et la fin du statut des cheminots. Ce projet n’a donc aucune légitimité démocratique, d’autant moins que le gouvernement l’a fait adopter par ordonnances, réduisant ainsi les droits du Parlement à portion congrue.

Les cheminots sont en première ligne dans la défense des services publics. Après la SNCF, les attaques sont programmées contre l’assurance-chômage, les retraites, le système de santé, le système éducatif. Ce dont il est question est la nature même de la société dans laquelle nous voulons vivre. Voulons-nous une société où les droits sociaux seraient réduits à néant, où les services publics auraient disparu, où l’inégalité de traitement des territoires serait la règle ? Ou voulons-nous une société plus juste, plus solidaire, plus égalitaire ? C’est pour cela que l’avenir de la SNCF nous concerne toutes et tous, et que nous nous engageons à soutenir le combat des cheminots.

La victoire des cheminots sera notre victoire à tous.

 

Pour ceux qui le souhaitent voir le Dossier SNCF ci-joint: Dossier SNCF